Prévenir les risques liés à l’activité physique dans le domaine de la formation et de l’éducation : la réalité que personne ne montre
- Alina OPREA

- 3 déc. 2025
- 3 min de lecture
Dans l’imaginaire collectif, un formateur travaille dans une salle lumineuse, équipée, confortable, avec des chaises alignées, un vidéoprojecteur bien fixé, une température agréable et un accès facile pour tous. Dans la vraie vie… ce n’est pas tout à fait ça.


Les photos parlent d’elles-mêmes :une formation donnée dans un vestiaire exigu, entre des casiers métalliques. Une autre dans un dépôt, sur un sol froid, entourée de cartons, d’outillage, et d’allées industrielles. Parfois assis, parfois debout, parfois à improviser une table sur des boîtes. Toujours à s’adapter.
Car un formateur — surtout en prévention, en santé, en PRAP IBC — ne sait jamais vraiment ce qui l’attend en arrivant sur un site. Et pourtant, il doit assurer la qualité, la sécurité, la pédagogie, et rester disponible et dynamique pour le groupe.
1. Les risques du métier de formateur : ce qu’on ne dit jamais
On associe souvent la prévention des risques à l’industrie, au BTP, au soin ou à la logistique. Mais dans la formation et l’éducation, les risques liés à l’activité physique sont bien réels :
porter du matériel, projecteur, ordinateur, rallonges, supports ;
installer une salle seul(e) ;
travailler debout plusieurs heures d’affilée ;
répéter des gestes, écrire au tableau, se déplacer constamment ;
se contorsionner pour brancher un vidéoprojecteur ;
effectuer des démonstrations physiques ;
et parfois, former dans des locaux totalement inadaptés.
Un vestiaire glacial, un dépôt poussiéreux, un bureau trop petit, une salle sans chauffage…Tout cela ajoute des contraintes physiques que personne ne voit, mais que le corps, lui, ressent très bien.
2. S’adapter… mais à quel prix ?
Un formateur doit être flexible, réactif, créatif. Mais cette adaptation constante a un coût :
TMS (dos, nuque, épaules).
Fatigue accumulée.
Stress organisationnel.
Postures inconfortables pendant des heures.
Risques de chute ou de choc (câbles, matériel, dépôts encombrés).
Exposition au froid ou à des environnements bruyants.
Former dans un vestiaire, c’est accepter une promiscuité et une acoustique difficile.Former dans un dépôt, c’est travailler dans un espace non chauffé, parfois glissant, parfois dangereux. Former dans un bureau minuscule, c’est enseigner avec des déplacements limités et un espace pédagogique réduit.
Et pourtant…Le formateur reste debout, souriant, professionnel, parce que sa mission est de transmettre.
3. Le paradoxe du métier : enseigner la prévention dans des conditions… non préventives
C’est presque ironique :on enseigne les bons gestes, les postures, l’ergonomie…alors même que l’espace dans lequel on forme ne respecte aucune règle basique de prévention.
C’est un rappel essentiel :la prévention doit commencer par l’environnement dans lequel la formation a lieu. Sinon, elle perd tout son sens.
4. Bonnes pratiques malgré les contraintes
Même dans des lieux inadaptés, un formateur peut limiter les risques :
vérifier le sol, les câbles, les obstacles ;
optimiser la disposition du matériel pour limiter les mouvements inutiles ;
demander si une salle plus adaptée est disponible (parfois c’est possible, mais il faut oser le dire) ;
prévoir des micro-pauses de mobilité toutes les 45 minutes ;
se ménager avant et après la formation (échauffement, étirement) ;
porter le matériel en deux voyages plutôt qu’un seul lourd ;
ajuster la durée des démonstrations pour éviter la surcharge articulaire.
5. Reconnaître enfin la réalité du terrain
Les métiers de la formation et de l’éducation sont trop souvent considérés comme “non physiques”.Alors qu’en vérité, ils sont physiquement exigeants et ergonomiquement instables.

Reconnaître cette réalité, c’est :
améliorer la qualité des interventions ;
respecter la santé des formateurs ;
offrir de meilleures conditions d’apprentissage ;
et construire une culture de prévention cohérente, crédible, humaine.
Parce qu’un formateur en bonne santé, bien installé, respecté dans ses besoins…c’est un formateur qui transmet mieux, qui accompagne mieux, qui inspire davantage. Et au fond, c’est tout ce qu’on veut :former, mais pas se déformer.




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