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« Avant de chercher à guérir quelqu'un, demandez-lui s'il est prêt à renoncer aux choses qui l'ont rendu malade .» Hippocrate

  • Photo du rédacteur: Alina OPREA
    Alina OPREA
  • 15 janv.
  • 2 min de lecture

Il y a dans cette phrase quelque chose de profondément dérangeant, parce qu’elle ne flatte ni l’ego, ni l’espoir rapide, ni le fantasme moderne d’une solution extérieure qui viendrait réparer, soulager, corriger, pendant que la personne continue à vivre exactement de la même façon, à la même vitesse, dans les mêmes compromis, avec les mêmes renoncements à elle-même.


Etre avec Soi

Aujourd’hui, beaucoup cherchent à aller mieux comme on chercherait une application, une technique, un protocole ou un professionnel capable d’effacer le malaise en un instant, presque sans y toucher, en espérant secrètement que le changement se fera sans effort, sans inconfort, sans remise en question réelle, comme si la souffrance pouvait être dissociée de ce qui l’a construite, entretenue, installée jour après jour.


On arrive alors chargé d’attentes, parfois épuisé, parfois sincèrement en détresse, mais avec cette idée silencieuse que quelqu’un d’autre va faire à la place de, va savoir mieux, va agir plus vite, va résoudre ce qui fait mal, pendant que soi, on continue à tenir, à faire face, à encaisser, à s’adapter, à repousser encore ce qui pourtant demande à être changé.


Mais Hippocrate ne parle pas de méthode, il parle de renoncement, et ce mot-là est rarement entendu, parce qu’il suppose une perte, un lâcher-prise réel, l’abandon de certains schémas, de certaines habitudes, de certaines loyautés invisibles, parfois même de certaines identités construites pour survivre, mais devenues toxiques avec le temps.


Renoncer à ce qui rend malade, ce n’est pas seulement modifier ce que l’on mange, comment on respire ou combien de séances on fait, c’est accepter de regarder en face ce qui épuise, ce qui comprime, ce qui nie, ce qui force, ce qui oblige à être quelqu’un d’autre que soi pour tenir debout, pour être aimé, reconnu ou simplement accepté.


Être soigné, dans ce sens, n’est jamais passif, ce n’est pas recevoir un soin comme on recevrait un service, c’est entrer dans un mouvement, parfois lent, parfois inconfortable, où l’on accepte de perdre certaines certitudes, certains avantages secondaires, certaines sécurités illusoires, pour retrouver quelque chose de plus juste, de plus vivant, de plus aligné.


Et tant que cette disponibilité intérieure n’existe pas, tant que la personne n’est pas prête à laisser partir ce qui l’a rendue malade, aucune approche, aussi sérieuse, aussi humaine, aussi bien intentionnée soit-elle, ne peut agir en profondeur, parce qu’elle viendrait alors se heurter à un refus silencieux, à une résistance douce mais tenace, celle de vouloir guérir sans changer.


La vraie question n’est donc pas de savoir quelle méthode est la bonne, ni quel professionnel est le meilleur, mais de se demander, avec honnêteté et sans se mentir, si l’on est réellement prêt à renoncer à ce qui nous abîme, même lorsque cela implique de sortir de ce que l’on connaît, de ce que l’on maîtrise, ou de ce que l’on supporte depuis trop longtemps.


Et c’est souvent là, dans cette réponse intime et parfois inconfortable, que le soin commence réellement.


Auteur: Alina Oprea

 
 
 

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