Le mal de dos n’est pas normal - Ce qui est devenu normal, c’est de vivre avec
- Alina OPREA

- 13 févr.
- 3 min de lecture
Si je parle souvent de La Réunion dans mes publications, ce n’est ni pour dénoncer, ni pour accuser qui que ce soit, mais simplement parce que c’est ici que je vis aujourd’hui, que je travaille sur le terrain, que j’observe les corps au quotidien, les gestes, les fatigues, les douleurs… et surtout les silences.
Mais qu’on soit clair : ce que je décris ici dépasse largement La Réunion. C’est un phénomène mondial.
Aujourd’hui, je veux mettre en lumière un sujet que tout le monde connaît, que tout le monde a déjà vécu, mais que presque personne n’ose vraiment regarder en face : le mal de dos.

Le mal de dos est devenu si fréquent qu’on a fini par l’intégrer comme une normalité, presque comme une règle tacite de la vie moderne. « C’est normal d’avoir mal au dos. » Non. Ce n’est pas normal. C’est devenu habituel, oui… et c’est précisément là que réside le danger.
Depuis plus de 20 ans, je suis sur le terrain : dans les entreprises, les ateliers, les chantiers, les hôpitaux, les centres de rééducation locomotrice, en tant qu’éducatrice sportive et formatrice en prévention des risques professionnels, au contact direct des corps, des postures, des gestes répétés, de la fatigue réelle, pas celle qu’on théorise dans des bureaux.
Et je peux l’affirmer sans exagérer : près de 98 % des personnes que je rencontre souffrent de douleurs lombaires, cervicales ou dorsales. Pas des douleurs passagères. Des douleurs installées. Chroniques. Profondes. Des douleurs qu’on banalise jusqu’à les oublier… sauf quand elles deviennent ingérables.
La colonne vertébrale n’est pas un simple empilement d’os. C’est la fondation même de notre squelette, exactement comme les fondations d’une maison. Quand la base est fragilisée, fissurée, mal soutenue, tout le reste finit par suivre : les épaules, les hanches, les genoux… mais aussi l’énergie vitale, le moral, le sommeil, la concentration, la capacité à travailler, à créer, à vivre pleinement.
Une maison peut tenir un temps sur des fondations abîmées, oui… mais tôt ou tard, elle s’effondre. Toujours.
Dans le monde professionnel, ce que j’entends me glace souvent plus que les radios ou les IRM. Les gens souffrent, mais se taisent.
Ils ont peur de déclarer une maladie professionnelle. Peur d’être catalogués. Peur d’être mis de côté. Peur, tout simplement, de perdre leur travail. Alors ils compensent. Ils serrent les dents. Ils s’adaptent. Jour après jour. Jusqu’au moment où le corps ne chuchote plus… mais crie clairement : STOP. Aide-moi. Je n’en peux plus.
J’ai même vu cela chez les Compagnons du Devoir en métropole.
Des jeunes de 16 ans. Des adolescents déjà “cassés”. Des dos usés avant même que la vie adulte n’ait réellement commencé. Et là, une question brutale s’impose : qu’est-ce qu’on est en train de transmettre ?
Comment a-t-on pu construire un monde où le mal de dos est devenu un mode de vie accepté, presque une identité collective ?
Pourquoi n’apprend-on pas à l’école comment fonctionne un corps, comment porter, comment bouger, comment respecter sa colonne vertébrale ?
Pourquoi apprend-on à produire, à performer, à obéir… mais jamais à préserver l’outil le plus précieux que nous possédons : notre corps ?
La vérité, c’est que la prévention n’intéresse personne tant que vous êtes encore “fonctionnel”. Mais le corps, lui, n’oublie rien.
Prenez soin de votre fondation. Personne ne le fera à votre place.




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